Manifeste

Disaster Collection

un appel à la révolte de Majida Khattari

La révolte naît d’une rencontre avec l’inacceptable. La révolte naît d’une émotion qui nous transporte hors de nous-mêmes.

Dans mon cas, ce fut la découverte de la « Master Collection » de Jeff Koons pour Louis Vuitton. Face à la contrefaçon artistique des tableaux des grands maîtres qui ornent désormais des sacs de luxe, je ne pouvais rester immobile.
En tant qu’artiste travaillant sur la dialectique des images, des formes et des médiums, je me devais de répondre à cette provocation. Ma réponse fut le début d’une révolte artistique, manifestée dans la création d’une vidéo-performance, « Disaster Collection ». Elle se poursuivra par des évènements artistiques dans les mois qui viennent.

Cette réponse en forme de révolte constitue une continuité dans mon travail. Elle est la suite logique de ma performance « Luxe, Oil & Arrogance », censuré lors de la FIAC 2015, et de mon happening « Marchand Migrant » lors de la FIAC 2016, censuré également par la direction de la foire.

Les « Killy bag » sont ma version du fameux « Kelly bag » d’Hermès, objet de fascination et de désir de quelques femmes fortunées, en particulier dans les pays du Golfe. Pour moi, il a été saisissant de voir comment les couleurs vives des « Kelly  » contrastent avec le noir de leurs Abayas. Comment le luxe français aveugle ces femmes, elles-même aveuglées par leur voile intégral, acceptant la soumission en échange de quelques accessoires de luxe.

Sur mes sacs, les couleurs sont remplacées par des images de guerre, de torture, de violences et de courbes de pétrole … Les « Killy bag » sont déjà l’expression d’une révolte face à nos liens ambivalents avec les pays du Golfe : attirés par les pétrodollars, nous fermons trop rapidement les yeux face aux crimes de guerre…
Depuis longtemps, mon travail se nourrit des questions de l’évolution récente du monde de l’art contemporain, et de nos sociétés. Les lobbies ont pris le pouvoir économique, et laissent les sociétés en plein désarroi. Mais le monde de l’art contemporain reste relativement silencieux face à une crise qui secoue notre planète entière.
Au contraire, il se complait dans la manipulation du marché par des grands groupes financiers liés aux nouvelles fortunes des pays récemment développés.

Et nous assistons à l’ovation d’oeuvres d’art sans sens et sans engagement. Je me questionne : comment le monde de l’art est-il arrivé à ce point de médiocrité ?

Le monde du luxe et de la mode utilisent le langage artistique et les symboles de l’art pour communiquer et vendre leur production. Aujourd’hui, c’est aux artistes de s’emparer du langage de la mode et du luxe pour dénoncer l’hégémonie du marché.

La révolte nécessite à mon sens un soulèvement artistique. Elle doit gagner l’ensemble des artistes.

J’appelle à l’insoumission, aux happenings, à l’hallucination créative, au mépris des frontières et de toutes conventions pour trouver l’émotion qui crée l’évènement. Une émotion qui devient une révolution poétique.
J’appelle à une révolte artistique et festive.

J’appelle tous les citoyens, tous les acteurs de l’art et de la culture à se mobiliser et réagir à cette mascarade et à cette utilisation du patrimoine mondial à des fins purement commerciales.