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Le Projet   

 

Tout le monde parle de Jeff Koons – que ce soit son cadeau finalement peu désiré à la ville de Paris ou la « Master Collection » pour Louis Vuitton, Koons créé le débat. Mais jusqu’à présent, aucune réponse artistique a été donnée aux questions que soulèvent ses récentes œuvres. 

Avec son dernier projet, « Disaster Collection », la plasticienne Majida Khattari a souhaité donner cette réponse artistique en prenant pour point de départ la « Master Collection » de Jeff Koons pour Louis Vuitton.

Pour « Disaster Collection », l’artiste a créé 5 sacs iconiques : Mossoul, Alep, Idomeni, Kaboul et Paris. En utilisant les mêmes codes que la mode et le luxe, Majida Khattari nous plonge dans le cœur de l’actualité et nous rappelle la portée des conflits mondiaux: le déni des victimes non occidentaux qui créé finalement un repli sur soi et la peur de l’autre. Car la toile de fond de ces sacs sont des images de guerre  : la guerre en Syrie, la destruction du patrimoine culturel en Irak et Afghanistan, les attentats terroristes à Paris, les réfugiés et leur calvaire européen …

Les sacs-oeuvres symbolisent les conséquences de ces conflits sur l’humain. Les villes choisies par Majida Khattari retracent l’historique des crises depuis les années 90 jusqu’à leur évolution récente. D’abord lointains, leur portée se fait ressentir aujourd’hui au cœur même de l’Europe avec les flux migratoires et les attentats terroristes.

« Disaster Collection » représente la continuité de l’œuvre de Majida Khattari : le sac de luxe est depuis 2008 un support de prédilection de l’artiste. Elle l’utilise comme toile de fond pour questionner les liens entre l’univers de luxe, de la mode et de l’art contemporain, en resituant le tout dans un contexte d’engagement politique. Majida Khattari est accompagnée dans le projet  »Disaster Collection » par l’auteur-réalisateur H G Croner.

Les sacs-oeuvres sont la suite directe des « Killy Bag », présentés dans la performance « Luxe, Oil &Arrogance » en 2015 à la FIAC, et du happening « Marchand Migrant » en 2016 également à la foire. Majida Khattari a souhaité réfléchir sur l’idée-même de la « collection ». Au lieu de décliner une collection de sacs, l’artiste va nous présenter une collection d’oeuvres sous formes différentes : la vidéo-performance « Disaster Collection » est la première étape de ce projet artistique. La présentation des sacs-oeuvres à Londres en sera la deuxième. L’installation « Invisible Frontiers » à la foire AKAA à Paris est la troisième étape du projet : le stand de la galerie Dominique Fiat a été fermée avec des barrières transparentes en film alimentaire. Avec cette collection d’oeuvres et performances, Majida Khattari souhaite s’approcher le plus possible de l’humain, enlever les barrières invisibles qui sont dans nos perceptions et idées pour créer l’unité. Au cours des prochains mois, « Disaster Collection » se déclinera en installations et performances autour de ce thème à Paris, Genève et Berlin.

Majida Khattari et H G Croner mettent en évidence l’importance de réagir face à l’actualité. Les artistes doivent s’emparer de ces problématiques pour interpeller les politiques et pour nous mettre tous en garde contre les replis identitaires, la fermeture des frontières. Alors que la littérature, le cinéma, la musique, la danse et le théâtre se sont emparés de ces thématiques, l’art contemporain reste relativement silencieux face à ces questions. Dans un manifeste, Majida Khattari en appelle à une révolte artistique, pour célébrer l’humanité.

Avec « Disaster Collection », Majida Khattari et H G Croner souhaitent également soutenir les ONG qui s’engagent pour les victimes de ces conflits. Une édition des sacs sera vendue pour verser les bénéfices à Médecins Sans Frontières.

 

                                                                                      Simone Hoffmann

                                                                                   commissaire du projet